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Réforme du bac : comment un ministre, animé de bonnes intentions, va encore aggraver le déséquilibre des territoires

08/03/2019

A la rentrée 2019, le schéma classique du baccalauréat va disparaître. Ce sera la fin des bacs S, ES et L, qui avaient eux-mêmes remplacé les bacs A, B, C, D, E. Le ministre l’annonce fièrement comme un bac personnalisé pour chaque élève avec un tronc commun et des spécialités, à choisir en première et terminale. L’idée est tellement alléchante : enfin un bac à la carte pour définitivement oublier l’idée que, hors le bac S, point de salut.


Sauf que, après les effets d’annonces, arrive la réalité. Qui dit spécialités, dit tout autant de professeurs pour les enseigner : professeurs que l’Education nationale n’a plus les moyens d’employer. Il va donc falloir trouver une solution pour appliquer la réforme sans augmenter les coûts. On compte 12 spécialités possibles mais le Ministère en a listé 7 principales (histoire-géographie; humanités-littérature et philosophie ; langues-littératures et cultures étrangères ; mathématiques ; physique-chimie ; SVT; SES). D’autres seront plus rares et réparties dans l’Académie.
Le ministre a été très subtil dans ses premières annonces, en septembre 2018 : « Nous allons faire en sorte que les élèves aient un large choix, autour de sept spécialités dans leur établissement ou à proximité ». Tout le problème vient du « à proximité » ! 


Il va donc y avoir deux sortes de lycées à la rentrée prochaine : ceux qui proposeront une très grande offre et ceux qui ne proposeront que le strict minimum. Dans mon canton qui regroupe 3 communes, les élèves de la première ville auront 10 choix dans l’établissement contre 5 dans la seconde ville. Pour ne pas trop pénaliser les lycéens, le Rectorat a eu la grande idée de leur permettre de suivre une spécialité absente dans un autre lycée, voire mieux de les suivre par correspondance grâce au CNED ! Mais qui peut croire sérieusement qu’un jeune de 16-18 ans va quitter son lycée, en journée, prendre un transport en commun pour 30 minutes de trajet et rejoindre d’autres cours ? Qui peut penser que dans un quartier où une partie de la population vit dans des conditions de vie défavorisée, les parents vont remplir un dossier d’inscription au CNED et régler des frais ?


Le Président de la République parlait, pendant sa campagne, de « poudre de perlimpinpin », ici c’est plutôt de la poudre aux yeux ! Cette réforme va avoir plusieurs effets pervers : les parents qui auront les moyens mettront leurs enfants dans le privé, les bons lycées garderont de nombreuses spécialités et leurs bons résultats et les élèves des petits lycées de banlieue auront, une fois encore, une chance de réussite de moins !

 

L’idéale d’une école publique, laïque et obligatoire laissait penser que n’importe quel enfant de la République pouvait par son mérite et son travail monter les marches de la réussite sociale. Bien sûr, cet idéal est aujourd’hui bien difficile à atteindre mais il semble, plus que nécessaire, de rétablir une équité entre les territoires. On a malheureusement souvent une image déplorable de la banlieue parisienne alors que beaucoup de jeunes peuvent s’en sortir. Pour cela, il faut leur donner, au minimum, les mêmes chances qu'aux autres. Cette réforme n’enterre pas les chances de réussite des enfants de banlieue, elle met juste un nouvel obstacle. Il est encore temps de changer de voie, dans quelques semaines, il sera trop tard !

Dans les médias : "Au sujet du manque de spécialités proposées à la rentrée" (Le Parisien, 28/02/19)

 

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